Un titre qui pourra sembler tout à fait tendencieux... Cependant, tout porte à croire que l’Eglise catholique d’aujourd’hui est totalement en accord avec les idées républicaines de la liberté et des droits de l’homme. Le pape Benoît XVI, les évêques de France, la Curie vaticane, défendent dans leurs directives internes et interventions médiatiques les fondements de la démocratie.
Paradoxalement, force est de constater que le Vatican n'est pas un état démocratique et qu'il reste aux yeux des populations un sanctuaire religieux, c'est-à-dire, un territoire où les textes sacrés et la parole divine prennent systématiquement le pas sur le Droit et les textes de Loi créés par les hommes.
Ces mêmes populations ont aussi de plus en plus de mal à concilier le message du Christ avec les positions ultra conservatrices du Vatican. L'intransigeance sur des thèmes d'actualité comme le Sida, l’adultère, l’homosexualité et le mariage homosexuel, l’avortement, la condition de la femme, la génétique et la science, etc., trouve de plus en plus de réticents dans les rangs des croyants.
L’église face à la laïcité
Le Concordat de 1801 instaura une séparation définitive de l’Eglise de Rome et de l’Etat français : acte considéré unanimement comme le premier seuil de la laïcisation en France, il fut violemment contesté par le catholicisme dans son ensemble. C’est à partir de cette date, en effet, que la religion catholique perdra sa toute puissance et que la volonté de Dieu se retirera du monde des libertés humaines, leur redonnant ainsi des forces pour affronter les durs enjeux qu’imposaient les conditions sociales de l’époque.
Le cadre concordataire, réglementant les rapports en l’Eglise et l’Etat, fut définis par la loi du 18 Germinal an X (le 8 avril 1802). Bonaparte entendait se débarrasser de cette ingérente volonté romaine dont l’arrogance semblait croître à mesure que disparaissait les derniers vestiges de ses prerrogatives héritées de l’Ancien Régime. L’Eglise se retrouva donc sous la tutelle de l’Etat. Le catholicisme était toujours considéré la « religion de la grande majorité des citoyens Français » ; mais ses ministres recevaient du gouvernement français un traitement qui en faisait de simples fonctionnaires. L'ensemble des rapports entre ces fonctionnaires du culte et le Saint Siège devaient impérativement être contrôlés par le Ministère des Cultes, dirigé, naturellement par un laïc.
Le gouvernement français, nommait, par ailleurs, après entente préalable avec le Vatican, l’ensemble des évêques. Le budget des différentes croyances (protestante, israélite et catholique), fut dorénavant alloué par l’état français et subit des coupes sombres qui déclenchèrent là encore de nombreuses protestations.
Bonaparte réussit presque complétement à supprimer les interventions de Rome dans la vie de l’Eglise de France qui, muselée et docile accélera son inéxorable décomposition. Le champ était libre pour que la raison reprenne la place prépondérante que 1789 lui avait donné au sein de la société des hommes. Et même si cette lutte, inégale de par les forces opposées, n’a été, au XIXe siècle qu’une somme d’échecs parfois sanglants, elle eut la confirmation que l’Eglise était belle et bien écartée –à jamais croyait-on- du nouvelle ordre mondial qui allait surgir de la Grande Guerre.
La fin du Concordat
Le coup de grâce à cette présence catholique en France, fut porté le 11 décembre 1905, avec le vote et la promulgation de la loi concernant la séparation définitive des Eglises et l’Etat. « La grande réforme de la Séparation, la plus grande qui ait été tentée dans notre pays depuis la Révolution Française », dira Jean Jaurès, dans la Dépêche du 30 avril 1908.
Et il faut dire que le coup porté à l’Eglise était rude. L’article II de la nouvelle loi déclarait : « La république ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l’Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes ».
C’en était fini du concordat napoléonien. L’Eglise retrouvait, certes, son pouvoir de diriger comme elle l’entendait la hiérarchie ecclésiastique française mais c’était une maigre consolation au regard de tout ce qu’elle venait de perdre ; la majeur partie de son patrimoine, des fonds énormes, une autorité considérable et un discrédit international qui mettait directement en cause l’attitude du pape Pie X qui ne possédait aucune des qualités essentielles à un chef de la diplomatie d'un pays moderne.
Outre les difficultés que rencontrait l‘Eglise dans une France beaucoup plus déchristianisée qu’on le croyait –la « Fille aînée de l’Eglise », n’était qu’un mythe- l’affaire Dreyfus avait ravivé l’anticléricalisme des masses tout en révélant l’antisémitisme de la hiérarchie catholique et des milieux conservateurs.
Un bras de fer entre l’Etat français et Rome sur le grave problème des congrégations trouva une fin quelque peu brutale avec le vote de la loi 1901 sur les associations qui forçait les congrégations religieuses à demander une autorisation pour pouvoir se former et opérer librement sur le territoire français. La dure et intransigeante politique laïque de M. Combe ne fit qu’envenimer des rapports déjà très turbulents qui culminèrent avec la loi du 7 juillet 1904, interdisant purement et simplement l’enseignement à tous les congréganistes.
Un pape têtu...
Il ne restait plus qu’à l’Eglise aux abois à reconnaître sa défaite dans la lutte engagée contre la France. Mais il n’en fut rien et Pie X s’entêta jusqu’à provoquer l’incident diplomatique qui précipita la rupture définitive entre les deux états. Le motif ? Un voyage à Rome du Président Loubet, en avril 1904, qui avait pour but une visite au roi Victor Emmanuel III. Le Saint Siège s'en offensa vivement et envoya une lettre de protestation au gouvernement français qui, jugeant cette ingérence de Rome tout à fait intolérable, rappela son ambassadeur le 27 mai 1904.
La rupture fut consommée quand Rome rappella pour consultation deux « turbulents » évêques français sans passer par le Ministère des Cultes. Cet acte fut reçu comme une violation des droits concordaires et trois jours après le rappel de l’ambassadeur, le gouvernement français prit la décision de mettre fin aux relations officielles avec le Vatican. Cet incident poussa Jaurès à écrire dans la Dépêche du 15 août 1904 : « Il est temps que ce grand mais obsédant problème des rapports de l’Eglise et de l’Etat soit enfin résolu pour que la démocratie puisse se donner toute entière à l’œuvre immense et difficile de réforme sociale et de solidarité humaine que le prolétariat exige (…). Il faut que la séparation soit votée des les premiers mois de 1905 ».
Il sera écouté en partie ; la loi, comme nous l’avons vu, sera promulguée le 9 décembre 1905 et publiée au Journal Officiel le 11. Bien qu’applicable dans toute son intégralité l’année suivante, la bataille pour la laïcité était gagnée.
Après la séparation
C’est à son corps défendant, on s’en doute, et non sans avoir âprement lutté contre la volonté laïque d’une société en pleine modernisation, que le Vatican pliera l’échine et acceptera officiellement la nouvelle philosophie : « On ne doit jamais confondre la religion avec l’Etat. La religion est la société de l’homme avec Dieu ; l’état est la société des hommes entre eux. Or, pour s’unir entre eux, les hommes n’ont besoin ni de révélation, ni de secours surnaturels ; il leur suffit de consulter leurs intérêts, leurs affections, leurs forces, leurs divers rapports avec leur semblables ; ils n’ont besoin que d’eux mêmes.» [Jean Etienne-Marie Portalis (1746 – 1807). Homme politique et philosophe. Participa à la rédaction du Code Napoléon et du Concordat. Ministre des Cultes en 1804.]
Mais le pape Pie X qui ne s'avouait toujours pas vaincu entraîna les forces vives du catholicisme français vers la mobilisation générale avec l’affaire des Inventaires des biens ecclésiastiques sur le territoire français.
Une série d’incidents provoqués par des ultras qui s’opposaient aux autorités chargées de faire l’inventaire des biens des églises de France, furent repris et montés en épingle par la presse catholique. La Libre Parole de Drumont, l’Autorité de la famille Cassagnac, la Vérité Française, la Croix, etc., secondés par les anciens congréganistes, une bonne partie du clergé et ses branches ultramontanistes se livrèrent à une campagne d’agitation dans les régions traditionnellement gagnées au fondamentalisme catholique. Se joignirent à eux l’extrême droite, la monarchie contre-révolutionnaire et les nationalistes. Le pape Pie X en profita, le 11 février 1906, pour publier sa réponse à la loi de décembre par l’encyclique Vehementer nos qui, condamnant la Séparation, invitait non sans ambiguïtés sur les moyens à employer, les catholiques français à l’unité.
Mais l’ensemble des élites du catholicisme acceptera les termes de la loi de
décembre et se détournera de la minorité intransigeante qui se manifesta parfois de façon assez violente. Une note ministérielle du 31 mai 1906 chargée du bilan des inventaires fera état de 63.219 opérations effectuées dans le calme, voire dans l’indifférence la plus totale. Les 4.791 restantes ne connurent pas plus d’agitation.
La France, nous venons de le voir, prit dans l’ensemble la chose avec une indifférence qui surprit et qui corrobora, cependant, les rumeurs de déchristanisation des populations que les anticléricaux avaient propagées, croyait-on, un peu trop légèrement.
L’Eglise catholique essaya cependant de garder son emprise spirituelle sur de vastes pans de la société française et ne céda du terrain qu’après de très âpres luttes dont les dernières convulsions commencèrent de disparaître après la seconde guerre mondiale. Le Concile Vatican II (1964-1965) sera en quelque sorte le résultat de cette dernière période de lutte, marquée par un autoritarisme absurde et anachronique. Ce ras-le-bol de l’Eglise prendra toute sa signification à partir de 1968, dans une société en bouleversement, ouverte au modernisme, au progressisme et à la pluralité des cultes. Une pluralité qui, sur le chemin des conquêtes sociales, retrouva un Vatican furieusement anticommuniste et enclin à fréquenter voire à assister les plus sanguinaires dictatures d’extrême-droite de l’hémisphère sud.
Londres, le 7 décembre 2003
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3 commentaires:
Je vous conseille de lire" quand les catholiques étaient hors la loi" de Jean Sevilla.
Vous verrez le totalitarisme de la IIIeme république, sur le clergé catholique.
Je confirme que le livre cité dans le commentaire précédent est assez instructif sur la violence des motifs républicains et sur les conséquences déplorables de cette loi dans la société française.
C'est un sujet intéressant à débattre.
Savez vous que le Louis Napoléon Bonaparte président républicain a protégé les Etats du pape en envoyant des soldats français, et que ce même homme devenu empereur a soutenu Garibaldi dans sa conquête de la ville sainte pour favoriser l'unité italienne. Etait-il devenu franc maçon entre temps ? Comme la majorité des dirigeants italiens qui ont contribué à l'unité italienne.
Bonjour de Rome
Cher "anonymous",
Je ne défends en rien la troisième république. Qu'il y ait eu un extrémisme laïque, c'est certainement vrai et comme tous les extrémismes il est condamnable mais de là à revenir sur la séparation de l'église et de l'état, ce serait faire un grand bond en arrière.
Et quant au titre de l'ouvrage que vous me recommandez: "Quand les catholiques étaient hors la loi"... C'est peine perdue. Je ne perds pas mon temps avec la littérature catho intégriste type Opus Dei...
C'est même risible; "des catholiques hors la loi", eux qui ont mis le monde à feu et à sang depuis le concile de Nicée.
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